Il y avait longtemps que je ne vous avais pas gratifié·es d’une nouvelle entrée de blogue. Le silence s’est installé sans prévenir, comme cela arrive souvent. Vous savez ce que c’est: la vie file à vitesse Grand V, elle nous emporte dans ses bourrasques, nous détourne vers mille urgences minuscules ou essentielles, et soudain, sans transition, on relève la tête… et nous voilà déjà rendu·es à l’année suivante. Ou même à celle d’après.

Entre-temps, quelque chose a changé aussi du côté des formes. Les blogues, avec leur lenteur assumée, leur goût pour la réflexion, pour les détours, pour les phrases qui prennent le temps de se déployer, semblent avoir glissé hors du courant dominant. On préfère désormais passer en coup de vent sur les réseaux sociaux, y déposer une humeur, une réaction, une étincelle, ou y cueillir celles des autres, avant de disparaître à nouveau dans le flux. Une économie de l’instant, presque sans mémoire.
Je pourrais faire une pause ici et prendre le temps de commenter ce vent de morosité qui souffle sur l’actualité, sur nos manières de penser, de lire, d’écrire. Mais ce n’est pas ce qui m’amène aujourd’hui.
Si je reviens, c’est pour vous parler d’un projet qui m’a tenue occupée pendant tout ce temps. Un projet qui, justement, entretient un rapport un peu étrange au vent, à ses caprices, à ses passages: un livre. Un livre sur les courants d’air.
Oui, vous avez bien lu.

Un livre où les courants d’air ne sont plus de simples phénomènes domestiques qu’on tolère ou qu’on combat à coups de coupe-froid, mais des présences à part entière, des forces avec lesquelles il faut composer. Des entités parfois dociles, parfois malicieuses, parfois franchement imprévisibles. Des souffles qui déplacent non seulement les objets, mais aussi les récits, les habitudes, les certitudes.
Ce projet, qui a longtemps existé à l’état de fragments, de notes, de scènes éparses, est maintenant en voie de voir le jour sous la forme d’un véritable livre (un bel objet, du moins je l’espère), à la fois ludique et un peu déroutant, fidèle à ces mouvements d’air qu’il tente de saisir.
